19/09/2008 01:43 Commentez cet article

Mer grise, le ciel est gris. Les parapluies, des parapluies, le vent est un vent doux et violent. Les rues sont brillantes et désertes, on y a mis du vernis. Les trottoirs débordent de flotte. La rue est miroir, le corps  se plie sous les bourrasques, les vagues déferlent sur le sable. Les palmiers sont secoués.

On attend dans la zone d'embarquement, étiquettes au col derrière la limite de courtoisie, présentation de passeport, on soulève le petit enfant jusque sous le nez du douanier pour contrôle d'identité, on vous rend les papiers sans un mot, un signe vous dit de passer de l'autre côté de la barrière et vous serrez les fesses, un chien vous renifle, manière d'accueillir le voyageur, même s'il est propre. 

Saint-malo si près si loin, ça y ressemblerait la chaleur en moins. les remparts sont glissants, les rebords humides, l'air est frais. les façades endormies sous les sifflements du vent. L'odeur de la bière monte, parfum léger qui alourdit l'air. C'est la moiteur bretonne. Les ivrognes gueulent un charabia colérique.

ICI, Deux rastas fument leur joint adossés contre le dos du sable, tressées  leur tête, blondes comme le blé, heureux sous les gouttes, dans leur guenilles, sous les effluves de leur acre tabac marijuana. Les deux errances une bouteille à la main, la guitare dans l'autre main cherchent un abri. Pourquoi pas sur le quai de la gare? Ou porte saint-vincent? Ici, Ce sera dans la petite anse à l'abri des flibustiers. Sourires béas aux lèvres. Peace and Love.

Un hélicoptère de l'armée suit dans un bruit terrible à quelques mètres un hélicoptère de la gendarmerie, ça tournoie, recherche de disparue...ça plombe encore plus la journée. Un black demande mon prénom, me marre, aujourd'hui ça ne m'amuse pas et toi? Me demande si je reviens, ça ne m'amuse pas plus, danse de sioux, levée de bras, intimidation, yeux qui roulent, rugissement du fond de la pensée, transe névrotique, je paralyse à blanc. Peau de margouillas sur le dos.

Haîti  dans toutes les têtes,  plan de solidarité  mis en route, on donne on donne des vivres, les facteurs récoltent des enveloppes d'argent, on solidarise, on aurait pu en être, on en sera peut-être, c'est dans toutes les bouches, dans toutes les pensées, on en parle chez leader, à la station service, chez mon voisin qui pense que le vaudou leur a porté malheur, lui c'est pareil il en parle avec un souffle de marijuana mais le vaudou, juré il y touche pas! On retient ensemble la photo de l'enfant aggrippant sa mère dans la boue.

L'onde tropicale  vient du Vénézuela, elle  fait attendre, attendre, plombe nos âmes, le soleil est parti on ne sait où, il est où ce  soleil, c'est la pleine lune d'avant hier qui a tout détraqué,  désordre, mauvaise humeur, quelle stupeur dans les rues!  Froid?! il ne fait plus que cinq degrés de moins, imagine la montagne pelée enneigée. Il n'y a plus de rires fusées dans les quartiers, on est calfeutré, on éteind.  On est seul. Qu'est devenu le pouvoir de l'assemblée des anciens sur la nature?

Vigilance sur les radios, sur les télés,sur le net, on écoute, on retient, on écoute, on éteind. j'ai préparé les allumettes et les bougies, on sait jamais. Plan Vigilance, plan vigipirate, plan Edvige,  fichage  à 13 ans et ça nous donne quoi de plus? gamin fiché à 13 ans, ici il y en aura combien? Va t-on remplir les quotas? vigilance....pour un enfant de plus qui aura 13 ans et pourquoi pas 10, pourquoi pas deux? Sûr que l'état de vigilance c'est l'état de précaution sans précaution, au cas où le débordement des égouts, se transformerait en débordement d'une génération de jeunes adolescents furieux, craque l'allumette. Les jeunes pousses sont brisés avant qu'elles ne deviennent matures, on peut toujours espérer un reboisement de l'Amazonie.

Et ce n'est rien. L'onde tropicale n'est qu'en jaune. La société va très bien, elle fiche ses enfants en rouge!

Tiens une flaque d'eau, sautez dedans à pied joint en tongues, sautez, sautez, sautez et retenir sur les mollets les morceaux de boue d'Haiti, son souffle, sa colère et on avance, on frissonne sous les gouttes, un pas en avant, un pas en arrière, on tourne au coin d'une rue, on se courbe. Fichez! Jetez dans la poussière, le nez dans le ruisseau, les morveux de la République qu'ils soient bleus, blancs, rouges ou noirs. Vous plierez puisque vos parents sont des nigauds et ne vous font plus supplier! Reconduits à la frontière de No man's land.

L'avion prend de l'altitude, ça va secouer, il y a des trous d'air. Où est l'opposition des forces? Tout plane, les rastas se sont endormis l'un contre l'autre au pays des brumes de la Jamaique, flash, photographiés sur le vif. Fichés. Trop tard, ils sont déjà bien loin.

Va, cours, respire, hurle, crie, résiste, pleure, danse, mord, aime, haî, je te déteste, je te déteste pays empoisonné par la suspicion, je te méprise médiocre société, l'Homme est et nait libre et égaux en droit, il va, il court,  hurle, il crie,  souffre, respire, il pleure, danse, il mord, il aime, haît, il déteste! L'homme est maladroit, petit, fragile, souffrance, mauvais aussi comme bon aussi. Là ça ne se fiche pas, on ne peut ficher la nature humaine, les devoirs et les culpabilités que l'Homme se donne à travers les différentes figures qu'il jouent. Sa vie est une tragédie romanesque.

Attention à l'onde qui se soulève sans bruit, sans pluie, sans air, attention à la suffocation. L'air est lourd et la pression des canons à eau n'y pourra rien! que faire s'ouvrir les parapluies et les pages des journaux plaquées sur les trottoirs.

Il parait qu'ici tout est à faire pour la jeunesse qui se joue des deux rives, on m'attend sur plusieurs commissions sensibles! et moi, au tournant, je n'attends plus que la prochaine éclaircie.et encore Je suis mise au secret des secrets à tenir secrets, il parait que ....on est surveillé du fort.

L'atterrissage  périlleux.  la piste est glissante, les passagers applaudissent. je suis renfrognée, fait gris, froid, moche, le chien te renifle à l'arrivée, le taxi fait la gueule.

Les rues sont bondées sous les parapluies, alors odeur de tabac froid à la brasserie, cheveux hérissés, décalage horaire, il y a une dépression sociale sur les boulevards, les banques ont fait faillite, les grèves paralysent l'économie, les sdf sont de sortie ce matin,sac plastique à la main, main tendue pour la pièce de monnaie, monnaie courante, courante affaire, affaire ténébreuse de sans abris, abris de fortune, fortune en bourse, bourse des errances, lé pani pwoblem c'est ailleurs, l'avenir est ailleurs on disait! pour assurer les créoles d'un avenir meilleur en métropole. papiers d'identité svp, antillais tu es, noir tu resteras, africain de type, tu seras contrôlé. pas de reconduite, pas pour l'instant! L'avenir est ailleurs...

ma photo sur le passeport est agréable à regarder, je suis bien fichue fichée finalement! 25 ans plus tard!

A 13 ans, j'avais 13 ans en Afrique et j'étais blanche au milieu de noirs. Pas de contrôle d'identité, pas de reconduite à la frontière. C'est tout. Dieuredieuf oualof.


 

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